Vous avez sans doute tous entendu le terme machiavélique. Dans le dictionnaire Petit Larousse illustré, on définit le terme comme suit: «1. Qui est digne de la doctrine de Machiavel, considérée comme négation de la morale. 2. Qui est d’une grande perfidie, d’une scélératesse tortueuse.»
Dans les aventures de Rocambole (d’où vient le terme rocambolesque) Ponson du Terrail, qui est l’auteur de ces histoires rocambolesques écrites entre 1860 et 1870, utilisait déjà ce terme pour décrire les plans “diabolique” de certains personnages.
Le Petit Larousse définit par la suite le terme machiavélisme comme suit: «1. Système politique de Machiavel. 2. Politique faisant abstraction de la morale. 3. Caractère d’une conduite tortueuse et sans scrupules.»
Allons voir plus loin, toujours dans le Petit Larousse, du côté des noms propres ce que l’on dit de l’œuvre théorique de Machiavel.
«L’œuvre théorique de Machiavel constitue un retournement de la philosophie politique héritée des Grecs. Machiavel ne se préoccupe pas de concevoir le meilleur régime possible: démasquant les prétentions de la religion en matière politique, il part des réalités contemporaines pour définir un “ordre nouveau” (moral, libre et laïque) où la raison de l’État a pour objectif ultime l’amélioration de l’homme et de la société.»
On peut noter une certaine contradiction entre la définition du terme “machiavélique” et l’œuvre théorique de l’auteur. Voici ce que l’on peut lire à ce sujet sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Machiavel :
«Machiavel est aujourd’hui encore présenté comme un homme cynique dépourvu d’idéal, de tout sens moral et d’honnêteté, ce que définit l’adjectif machiavélique. Or, ses écrits montrent un homme politique avant tout soucieux du bien public, qui cherchait à donner à l’Italie la force politique qui lui manquait à une période où, paradoxalement, elle dominait le monde des arts et de l’économie. Cependant il ne nourrissait aucune illusion sur les vertus des hommes.
De son chef-d’œuvre pourraient être retenues ces citations : « Car la force est juste quand elle est nécessaire », et « Si tu peux tuer ton ennemi, fais-le, sinon fais-t-en un ami ». C’est ainsi que se définit la philosophie politique de Machiavel et qui n’est pas sans rappeler celle de Lénine pour qui la fin justifiait souvent les moyens. Cependant, gardons-nous de considérer le machiavélisme à un simple second degré, la volonté de Machiavel, de par des calculs rusés, démagogiques et souvent perfides, est de préserver le peuple de soulèvements qui pourraient le conduire à la famine et à la répression armée. Jean-Jacques Rousseau écrira : “En feignant de donner des leçons aux rois, il en a donné de grandes aux peuples. Le Prince est le livre des républicains”.»
À la lecture de ce court texte, on peut voir que l’œuvre de Machiavel, en particulier Le Prince, mérite une lecture (ou une relecture; je l’ai relu plusieurs fois) plus approfondie pour saisir en partie la philosophie de l’auteur. On peut être critique face à son œuvre, mais dépeindre le personnage ou sa pensée politique comme étant perfide, dénoué de scrupules et de sens moral relève de la caricature. À l’époque, comme aujourd’hui d’ailleurs, on avait souvent tendance à diaboliser un personnage plutôt que de faire l’analyse de ses positions. C’est une approche simpliste et aisée de détourner le débat sur la personne plutôt que sur sa pensée ou les arguments qu’elle apporte. Par exemple, c’est beaucoup plus facile d’entarter un personnage que l’on considère “fâcheux” que de débattre avec lui de ses idées.
Je ne cherche pas à défendre l’œuvre de Machiavel ou sa pensée politique. Je ne cherche pas à défendre ou “vendre” un idéologie politique quelconque. Je cherche à développer chez vous lecteurs un esprit critique. Avoir un esprit critique, c’est questionner. Questionner les dogmes, les théories, les idées reçues et les préjugées. C’est d’aller voir par soi-même, de trouver les sources et de se faire sa propre opinion, sa propre idée, et surtout la laisser évoluer. C’est de garder son esprit ouvert. Et garder l’esprit ouvert, c’est de constamment continuer à RÉFLÉCHIR.
En fait, je me sers de Machiavel pour illustrer ce qu’est d’avoir l’esprit critique. Plutôt que de me fier à la réputation, aux idées reçues, qui ici sont très négatives, concernant Machiavel, j’ai décidé de relire son livre pour en faire ma propre analyse, pour avoir ma propre idée. C’est ça avoir l’esprit critique. Ne pas se fier uniquement aux opinions des autres et et aller voir par soi-même. Et se questionner, réfléchir …